14.10.26 : Le forum de Trajan : les découvertes se succèdent
Le forum de Trajan (« monument unique sous tous les cieux », écrit Ammien Marcellin au IVe siècle ap. J.-C.) était la plus grande, la plus belle des places de Rome. Construit par l’architecte Apollodore de Damas, sous les ordres de Trajan, entre 107 et 113 ap. J.-C., il s’agit du dernier des « forums impériaux », ces « ancêtres » des places royales d’Europe. La vision que nous avons aujourd’hui de ce secteur de Rome est très différente de celle des Romains du IVe siècle ap. J.-C. D’abord parce que la colonne Trajane, qui en est aujourd’hui l’élément marquant dans la Rome moderne, n’était pas aussi visible dans l’Antiquité. Ensuite parce que le temple dédié à Trajan et à sa femme Plotine, qui était encore symboliquement plus important que la colonne, est invisible de nos jours. Son emplacement même est resté longtemps une énigme dont nous montrons les étapes de la résolution. Nous terminons par la visite d’une autre découverte sensationnelle de ces dernières années : celle de trois auditoria disposés sur un plan en éventail dont l’axe radial est la colonne Trajane. La destination de cet édifice reste un mystère. Dans la Nocturne de 2015 consacrée à « L’enseignement à Rome », nous l’avions interprété comme l’Athenaeum d’Hadrien, l’« Université antique de Rome ». Depuis, d’autres études sont parues : il s’agirait peut-être du siège d’un tribunal articulé en plusieurs salles communicantes.
4.11.26 : Rome au fil des rues
Si « tous les chemins mènent à Rome », comme le suggère l’adage médiéval chrétien, où circule-t-on une fois entré dans la Ville ? Les grandes voies romaines extérieures à la ville de Rome sont en effet bien plus étudiées que la question du réseau viaire urbain. Par ailleurs, lorsque la question des rues urbaines est étudiée, les exemples de Pompéi ou Ostie prévalent largement sur les découvertes ponctuelles de rues recensées à Rome. Nous proposons à travers cette Nocturne une exploration du réseau viaire de la ville de Rome au IVe siècle de notre ère sur la base d’un travail de recensement des sources effectué par l’équipe du Plan de Rome. Nous évoquerons la notion de la rue à Rome, ses dimensions, ses trottoirs, ses paysages et son prolongement grâce aux espaces piétons que forment d’autres typologies de bâtiments.
3.2.27 : Nocturne anniversaire « Autour de Constantin »
Au cours de l’année universitaire 2006-2007, nous avons inauguré le concept des « Nocturnes du Plan de Rome ». Le Centre Interdisciplinaire de Réalité Virtuelle (CIREVE) venait d’être créé autour de l’équipe qui travaillait depuis 1994 sur la réalisation d’une maquette virtuelle de la Rome du IVe siècle ap. J.-C., faisant pendant au Plan de Rome de P. Bigot. La mission dévolue au CIREVE était de soutenir matériellement et humainement l’utilisation de la réalité virtuelle pour toutes les équipes de recherche qui en avaient besoin et, désormais, nous avions les moyens d’emmener le public de façon interactive dans notre Rome virtuelle. L’idée était de partager régulièrement l’avancée de notre travail, à la fois sur l’aspect fondamental de la recherche et sur son aboutissement : la restitution de Rome à l’époque de Constantin. C’est pourquoi les conférences ont ce double format : une présentation « classique » qui évoque l’ensemble des sources et les problématiques liées au sujet du jour, puis une visite virtuelle du secteur correspondant. Pour le 20e anniversaire des Nocturnes, nous préparons une « surprise » autour de l’empereur Constantin.
10.3.27 : Nocturne invité. P. Arnaud, Professeur émérite, Université Lumière-Lyon 2, « Musonius Rufus : quand la philosophie posa en principe l’égalité des genres »
P. Arnaud part d’une inscription funéraire très originale de 200 ap. J.-C. environ où une femme décrit ses navigations sur toutes les mers et dit avoir embrassé la Sophia après avoir été éduquée « dans les Muses ». Il compare avec deux ou trois autres inscriptions pour montrer que ce n’est pas tout à fait exceptionnel et rappelle que l’accès des femmes à la philosophie est en rupture totale avec la position d’Aristote, qui divisait le genre humain en deux catégories irréductibles l’une à l’autre : l’une (le mâle Grec adulte)pouvait accéder à la raison, l’autre (les barbares, les esclaves et les femmes) n’en avait pas les moyens, et était à ce titre vouée à obéir à la première. Il présente ensuite deux discours du stoïcien Musonius Rufus qui, dans les années 60-90, établissent l’égalité absolue des genres, la nécessité de donner la même éducation aux filles et aux garçons et de voir les femmes accéder à la philosophie, et continue avec Plutarque et avec le néoplatonisme, qui prolongent cette tendance, jusqu’à arriver à Hypatie d’Alexandrie. Il évoque les racines sociales de cette transformation : des femmes chefs d’entreprise, parfois magistrates, les impératrices, les femmes de l’élite et les moyens légaux de l’émancipation, avant d’examiner comment s’est d’emblée organisée la riposte masculine, de deux textes à peine postérieurs à Musonius Rufus, la satire 6 de Juvénal et de la Première Epitre à Timothée, à Justinien en passant par les sentences prêtées au philosophe Secundus et par les jurisprudentes Romains.
7.4.27 : Ingénierie et restitution architecturale : le temple de Jupiter Capitolin pouvait-il être colossal ?
Le temple dédié à la triade Capitoline (Jupiter, Junon, Minerve) était le temple symboliquement le plus important de Rome. Était-il pour autant colossal ? Il ne nous reste que le soubassement qui supportait sa plate-forme, d’une superficie d’environ 53 m sur 62 m, quelques fragments d’énormes colonnes appartenant à la dernière restauration et des éléments de décoration remontant à des phases antérieures. Le temple, consacré en 509 av. J.-C., a en effet brûlé trois fois (83 av. J.-C., 69 ap. J.-C. et 80 ap. J.-C.). La reconstruction qui nous intéresse ici est celle de Domitien après l’incendie de 80. Il y a depuis longtemps un débat opposant ceux qui pensent que le temple occupait toute la plate-forme et ceux qui pensent qu’il n’en occupait qu’une partie. En 2021, lors de la Nocturne intitulée « Le Capitole : la colline sacrée de Rome », nous avions présenté la première hypothèse qui conduit à restituer un temple hors normes, absolument colossal (plus de 50 m de large, plus de 68 m de long, plus de 32 m de haut). Cette restitution pose deux types de problèmes. D’abord aucun auteur ancien ne présente ce temple comme « colossal ». Ensuite, comme nous savons par les sources iconographiques que l’édifice avait seulement six colonnes en façade, les dimensions posent plusieurs problèmes techniques et empêchent notamment de concevoir des architraves en marbre. Nous proposons donc maintenant une nouvelle restitution, correspondant à la deuxième hypothèse : un temple plus petit que son esplanade, s’appuyant précisément sur le quadrillage de murs formant la structure de la plate-forme et techniquement réalisable entièrement en marbre.

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